BILLET | Le corps fluide

Le corps fluide… jusqu’où respirons-nous ?

Respiration externe, respiration interne

Nous avons conscience de l’échange de l’air dans les voies aériennes et les poumons, ce que l’on appelle la respiration pulmonaire, ou respiration externe. Mais est-on conscient de ce qui respire à l’intérieur de notre corps, dans le milieu interne, dans nos tissus et nos cellules ? Savons-nous que c’est par la respiration interne et par nos fluides corporels, que l’oxygène est acheminé jusqu’à chacune de nos cellules ? Alors comment se mettre de manière expérientielle au contact de cet échange intime ? Et si cela nous permettait de nous accorder à l’intérieur de nos corps et de réveiller notre énergie vitale ?

Tissus et fluides corporels

Notre matière corporelle est constituée de tissus et d’eau. Formant une véritable trame, les tissus corporels, les fascias, relient toutes les structures du corps entre elles, de la périphérie au centre, de la peau aux os, aux vaisseaux, nerfs, organes… Ils constituent un enchevêtrement complexe qui donne au corps sa forme par l’équilibre même des tensions qui se créent entre eux. C’est le principe de « tenségrité ». Ce sont les liquides qui nourrissent ces tissus et en préservent la qualité visco-élastique si importante dans le maintien de notre santé. Nous respirons intérieurement par notre corps fluide. Les échanges – absorption, élimination – ont lieu par l’intermédiaire des liquides, sang, lymphe, liquide interstitiel, liquide intra-cellulaire… Ils sont nécessaires à notre métabolisme, à nos fonctions vitales.

Le corps émotionnel

Nous touchons ici le corps physique mais aussi le corps émotionnel et le corps symbolique. Notre intimité se révèle dans notre respiration et dans l’état de nos tissus. Quand la circulation des liquides à travers eux devient déficiente, les tissus se rétractent. Chaque émotion contenue, chaque traumatisme vécu s’est inscrit au cœur de nos fascias, limitant la circulation liquidienne, créant des stases et un rétrécissement de l’espace corporel. Restreindre le flux respiratoire et circulatoire procède d’un évitement. On retient l’échange pour échapper à une forme de présence à soi. Ces zones de densification tissulaire où le mouvement fluidique est beaucoup moins présent créent des déformations dans le corps et limitent la liberté du mouvement et de la respiration. Ces restrictions de nos capacités aussi bien fonctionnelles que relationnelles peuvent induire à terme des pathologies.

Pratiquer et respirer

Dans la pratique, il s’agit de remettre de la circulation au cœur de ces restrictions, de redonner de la permission dans les glissements des tissus les uns par rapport aux autres et de retrouver un déploiement de notre espace interne. Il s’agit parfois d’accueillir l’émotion qui s’est logée là, dans ce nœud, la laisser nous traverser et nous transformer. C’est par une attention orientée en direction du corps que ce processus se déploie. C’est une rencontre avec « l’intelligence du corps », une intelligence qui dépasse nos schémas de pensées limitants, nos croyances et représentations. Elle nous conduit par l’exploration à des formes parfois inconnues en soi et met potentiellement en œuvre des processus d’auto-guérison. Par la respiration, par la vibration du son, par le mouvement libre, ou encore par des mouvements alternés, rythmiques et par notre attention, tout simplement, notre présence au corps, nous pouvons nous remettre au diapason de nos ressources fluides, de notre motilité. La respiration est à la source de cette mobilité fluide, de cette motilité. Respirer équivaut à fluidifier